03.02.2009

Parce que nous respectons réellement les étrangers

Intervention lors du conseil municipal de Strasbourg du 2 février 2009

robert grossmann.jpgMonsieur le Maire,

Le projet que vous soumettez aujourd’hui à notre conseil ne s’inscrit pas dans une vision de société moderne, ouverte et accueillante. Il semble plutôt constituer un nouveau sacrifice aux dogmes figés d’un socialisme conservateur, incapable de se renouveler et de vivre avec son temps.

La création d’un conseil des étrangers est un à la fois un archaïsme et une fiction sur une toile de fond qui est la volonté permanente de créer des effets d’annonces.

En effet, et cela me semble être une de vos principales motivations, vous souhaiteriez afficher médiatiquement une intention généreuse, en essayant dans le même mouvement, de démontrer que le PS et la gauche, vous par conséquent, ont le monopole et l’exclusivité de la générosité, du cœur, de l’intelligence. Et donc que tous ceux qui sont étrangers au PS se trouveraient rejetés dans le champ des ténèbres.

C’est bien cela qui se dégageait des déclarations à la presse de l’adjointe chargée de ce dossier, qui n’a pu s’empêcher de s’en prendre une fois de plus à l’ancienne municipalité.
Et je note que cette diabolisation, ce manichéisme, constitue l’axe principal de votre comportement politique.

Je souhaiterais expliquer ici en quoi vous commettez une erreur et en quoi ce projet porteur de désillusions pour tous les strasbourgeois et les étrangers eux mêmes, en particulier.

Analysons d’abord le mot étranger.

Il véhicule bien des charges, de la plus claire, à la plus sombre.

De manière simple l’étranger est celui qui n’a pas la même nationalité que la nôtre, qui n’est pas de chez nous, mais qui est de passage chez nous. Mais ce mot a pris, par un certain usage, des connotations négatives et, au pire, « l’étranger » sous entend une frontière dans les esprits, une distance, voire un rejet.

Le mot étranger nait au XIVème siècle et dérive du mot « étrange »…Par là même se trouve posé tout le problème de l’altérité : « l’autre » si difficilement admis par tous ceux, nombreux, qui ne comprennent que ce qui leur ressemble.

En voulant instaurer un conseil des étrangers, vous créez un cercle discriminant qui désigne les étrangers en les isolant et cela ne procède pas d’humaniste et pourrait même faire penser à la société de la Rome antique avec ses classes ségréguées.

Une société moderne ne devrait pas se développer sur une stigmatisation de l’étranger et l’emploi même de ce mot dans la formule « conseil des étrangers », de manière si visible et si médiatique emporte des effets négatifs.

Pire, créer un conseil des étrangers c’est plus qu’une stigmatisation qui risque de réveiller chez les plus frustes de nos concitoyens des xénophobies enfouies, c’est enfermer les étrangers politiquement, célébrer et officialiser leurs différents replis identitaires, c’est en quelque sorte les ghettoïser.

Pourquoi d’ailleurs cette volonté de les regrouper ? Pourquoi ne pas laisser à chaque individus sa singularité et son libre arbitre, pourquoi cette collectivisation si ciblée ?

peut avoir des éléments de réponses en analysant le montage de votre affaire.

De vos documents il ressort que vous commencez par exclure tout ce qui est européen. C’est un apartheid dans l’apartheid…Pas de conseil pour eux.

Vous ne voulez donc vous adresser qu’à des étrangers extra européens, magrébins, africains, turcs, asiatiques.

Que peuvent en penser tous les strasbourgeois, dans leur ensemble, et les européens en particulier ? Je vous le laisse deviner…

Je passe sur la complexité de votre agencement avec ses collèges et ses commissions. Vous aimez tellement ça créer des conseils, des collèges, et des commissions. Que ça dysfonctionne par la suite n’est pas votre affaire, nous le voyons avec nos commissions à nous…

L’idée générale qui semble sous tendre votre projet est de « favoriser l’accès aux droits effectifs pour les immigrés »

On pense immédiatement au droit de vote et vous l’exprimez d’ailleurs, puisque les immigrés bénéficient de droits et d’avantages sociaux reconnus.

Une question comme le droit de vote n’est pas du ressort d’une municipalité à plus forte raison d’un conseil des étrangers. Ceux qui pourraient s’imaginer obtenir le droit de vote avec votre conseil seraient donc induits en erreur.

Mais alors, avec ce programme que vous voudriez séduisant et attractif pour les étrangers, quel est votre objectif ?

Un commencement d’explication nous parvient grâce à l’un de vos conseillers municipaux impliqué dans le processus et qui dit, chose stupéfiante, « il s’agit de favoriser le regroupement autour d’affinités ou de convergences politiques »

On ne saurait être plus clair : il s’agit d’une machinerie politicienne, tendant à insérer des étrangers dans un conseil … socialiste pour les faire « converger » vers le socialisme. On peut aussi se demander à quel type d’affinités il est fait allusion, affinités électives, religieuses, philosophiques, ethniques ? Une réponse précise s’impose mais ne dissipera pas le malaise.
Par conséquent, en plus de son effet discriminant, votre affaire constitue une supercherie peu respectueuse des hommes et des femmes que vous cherchez ainsi à attraper dans un amer pot au miel socialiste.

Nous avons une autre conception des hommes et des femmes qui ne sont pas de nationalité française mais qui vivent chez nous. D’abord nous n’avons jamais tenté de les embrigader. Ensuite nous n’avons jamais voulu les regrouper par affinités, ni philosophiques, ni ethniques, ni religieuses.

Nous demandons qu’on les respecte, qu’on ne leur fasse pas miroiter des avantages qu’il n’est pas possible d’acquérir par le truchement de ce conseil.

Nous demandons qu’on les considère comme des strasbourgeois à part entière donc sans apartheid d’aucune nature, ni avec les européens ni avec tous les autres.

Au total j’ai la conviction que toutes les belles intentions que vos affichez de manière si légère sont fondées sur du vent médiatique et que ce sont de pervers effets inverses qui seront générés par ce conseil des étrangers.

Pour toutes ces raisons et en manifestant aux étrangers de Strasbourg tout le respect que je viens d’évoquer, notre groupe ne votera pas pour ce projet.

Robert GROSSMANN

23.01.2009

La République doit rester souveraine et elle doit le faire savoir.

drapeau français.jpgComme chacun en France, en Europe et partout dans le monde, je comprends l’horreur que vivent les populations de Gaza. La riposte aux attaques par rockets et missiles dont est victime Israël depuis huit ans, a été d’une extrême violence. Des images, qu’Israël voulait éviter en interdisant les journalistes, nous sont parvenues par voie privée, montrant les effets de l'insoutenable !

Ce qui s’est passé à Gaza, ce qui se passe aujourd’hui dans ce territoire est innommable. Tous les observateurs de l’ONU ou ceux des grands organismes internationaux sont convergents à ce sujet.

Aucune cause ne justifie de tels moyens de rétorsion guerrière. Qu’il y ait eu 600 ou 1200 morts, ce sont 600 ou 1200 de trop. Et les dernières informations sur d’éventuelles manipulations de chiffres ou sur l’âge des tués ne change rien à l’horreur.

La destruction de tant d’immeubles, d’écoles, d’hopitaux et de sites industriels est inqualifiable et c’est bien le peuple, les individus, des êtres humains, qui sont les victimes. Victimes trop souvent complètement innocentes de cette guerre qui… s’arrête pour la prestation de serment de M.Obama.

Obama le charismatique, le porteur de tous les espoirs, celui dont l’élection transportait de joie mes amis musulmans, n’avait pas dit un mot depuis son élection pour que cesse l’horreur, il a laissé faire. Je ne peux pas ne pas souligner et saluer l’engagement du président de la République française…

Oui, je ressens ces douleurs, elles sont au fond de moi, indélébiles, tout comme j’ai au fond de moi les images d’horreur des guerres en ex Yougoslavie, en Afrique en Afghanistan et partout dans le monde ou la monstruosité des hommes est à l’œuvre.

Gaza… Il s’agit d’être humains, de la condition humaine, et Gaza se situe au proche orient.

Force est de constater, qu’on le veuille ou non, que nous sommes en France et que cela se passe à l’étranger.

Oui, nous sommes ici en France, citoyens français. Nous sommes en République. La guerre du proche orient ne peut pas, ne doit pas, être importée et produire des effets physiques chez nous, entre français.
Nous avons parmi nous des juifs et des musulmans. Ils sont français. Ils sont en France. Je peux évoquer toutes les autres religions et les athées de France. Tous respectent notre République. Et sur notre territoire aucun acte de violence lié à une guerre à l’étranger n’est acceptable.

Il y eut cependant, ces derniers jours, des agissements délinquants un peu partout en France et en particulier à Strasbourg. Des cocktails Molotov contre des synagogues, des caillassages, des atteintes aux biens ou aux personnes.
Ils doivent être condamnés avec une sévérité exemplaire. Comme ont été condamnés tous ceux qui avaient concerné des mosquées, des cimetières et d’ailleurs tout édifice, religieux ou non.

Les appels à la haine de ceux qui chauffent à blanc des jeunes gens ne peuvent être tolérés par les républicains authentiques. Ils peuvent générer des effets immaitrisables.

Les autorités de la République doivent agir car, entre sang froid, volonté de ne pas bouger pour ne pas donner l’impression de…f aire semblant que tout ça n’est rien du tout pour ne pas valoriser… et INDIFFERENCE émolliente ou laxiste, la marge est aujourd’hui étroite.

Il faut que cesse tous les soirs le déchainement des hurlements si perturbants de quelques extrémistes qui donnent le sentiment d’occuper le cœur de Strasbourg.

Puisqu’il faut être précis pour tous ceux qui ne voudraient pas bien comprendre j’ajouterais, mais c’est une évidence, que toute manifestation digne, sans appels à la haine a droit de cité. Elle est même légitime ! Aucune confusion ne doit être opérée entre les gesticulations d’un politicien assoiffé de pouvoir, instrumentalisant les musulmans, et l’immense majorité de ceux ci.

robert grossmann.jpgLa République doit rester souveraine et elle doit le faire savoir.

Robert GROSSMANN

13.01.2009

Que les grands élus fassent entendre leur voix, le silence et l’indifférence sont aujourd’hui coupables !

robert grossmann.jpgLe drame du Moyen Orient ne peut laisser indifférent personne et l’exigence d’un cessez le feu, afin que toutes les armes se taisent, d’un coté comme de l’autre, devrait préoccuper chaque citoyen français.

De même devrait-il y avoir une véritable exigence, exprimée fortement, pour que le conflit entre Israël et le Hamas ne soit pas importé en France.

Nous sommes en République et chaque citoyen doit être respecté en tant que tel et non pas considéré ni traité comme appartenant à une communauté.

A Strasbourg depuis quelques jours des événements difficilement supportables se sont déroulés et d’autres sont annoncés.

Certaines manifestations extrémistes, les drapeaux marqués de croix gammées et brûlés, les cocktails molotov lancés contre des lieux de culte, les inscriptions et tags à caractère raciste, les appels à la haine, les violences liées à des manifestations avec destructions de vitrines de magasins, tout cela crée un climat de tension insupportable et inadmissible dans notre ville, capitale des droits de l’Homme.

En même temps, il est urgent de redire qu’aucun amalgame ne doit être fait entre des extrémistes ou des casseurs et l’ensemble de toute une catégorie de notre population.

Autant les manifestations dignes, exprimant des sentiments humains compréhensibles, sont normales et respectables, autant tout excès et toute violence doivent être sévèrement bannis et interdits.

Face à ce climat, face à ce qu’éprouvent tous nos concitoyens, je tiens à exprimer ma surprise, confinant à la stupéfaction, devant le silence de tous nos grands élus.

Certes il y a eu un appel de Strasbourg « autour » du maire de Strasbourg. Mais la voix des élus eux même manque cruellement. Le silence et l’indifférence sont aujourd’hui coupables.  La population attend que des positions républicaines fortes soient exprimées.

C’est pourquoi j’en appelle au maire de Strasbourg, à tous les parlementaires, à tous les présidents de grandes collectivités, pour que, face aux violentes tensions qui s’expriment quasi quotidiennement, l’esprit républicain soit réaffirmé fortement et soit traduit dans les faits de notre vie quotidienne.

Robert Grossmann
Ancien président de la CUS
Président du groupe des démocrates du conseil municipal de Strasbourg

18.10.2008

Conversation avec Jean Lacouture

 "Je te salue Malraux" Jean Lacouture et Robert Grossmann qui ont rencontré et aimé l'écrivain dialoguent sur l'énigme Malraux. Pourront-ils percer à eux deux le mystère?"..."

Jeudi 30 octobre à 17h30 à la Librairie Kléber.

JeanLacouture.jpgConversation avec Jean Lacouture et Robert Grossmann, à l’occasion de la parution d’André Malraux, itinéraire d’un destin flamboyant (André Versailles).

Qui était Malraux ? Homme multiple, aventurier anticolonialiste, brigadiste international, libérateur de l’Alsace, ministre du général de Gaulle, défenseur acharné de la culture et du patrimoine, orateur flamboyant à la plume envoûtante, prix Goncourt pour un roman révolutionnaire, La condition humaine : il était tout cela à la fois et bien plus encore. Jean Lacouture, journaliste et écrivain, qui reçut dès sa première rencontre en 1945 le « choc Malraux », nous dévoile les multiples facettes du rebelle humaniste, de l’écrivain engagé, du ministre et « ami génial » du général de Gaulle. Historien, journaliste et éditeur, Jean Lacouture arpente le monde depuis la Libération. Il a écrit une cinquantaine de livres, notamment les biographies de grandes figures de l’Histoire (Ho Chi Minh, de Gaulle, Mendès France ou Mitterrand) ou celles de ses écrivains de prédilection (Montaigne, Montesquieu, Stendhal ou Dumas).

17.10.2008

Au club des Démocrates

Au club des démocrates: Réduire la vaste troupe de ceux qui cèdent à ”l’hypnotisme du vide effrayant du renoncement”

grossmann.jpgRéenchanter la citoyenneté... Houellebecq paradoxalement précieux pour nos débats!
L’aveu de Michel Houellebecq confirme l’analyse pertinente qui est à l’origine du Club des Démocrates!

Au moment de créer le Club nous posions une question qui nous semble essentielle aujourd’hui: Y a-t-il encore des citoyens en France (en Europe?) N’y aurait-il pas plutôt que des consommateurs? J’ajoutais en présentant mon livre l’Appel du gaullisme : “Il faut réenchanter la citoyenneté”.

Il me semble que nous sommes plus que jamais au coeur d’un sujet de fond pour nos sociétés occidentales et j’ai la faiblesse de croire que mon mot d’ordre “réenchanter la citoyenneté” est d’une brûlante actualité.

C’est bien ce thème que nous aborderons indirectement lors de notre soirée débat avec le président des Français Libres le docteur Jean Meyer le 29 octobre au foyer Saint Louis à la Robertsau.

Dans ce passionnant livre Ennemis publics qui, évidemment, suscite polémique et déchaîne les critiques -( comment pourrait-il en être autrement avec BHL et Houellebecq? - Houellebecq passe aux aveux sur bien des points. Evoquant sa domiciliation en Irlande il parle du droit de vote des étrangers dont il ne bénéficie pas en Irlande où il paye très peu d'impôts. Citons quelques brefs extraits:

”tout ceci apaise, ne donne pas l’impression de participer vraiment, évite en tous cas de se poser des questions; tout ceci, en un mot dépolitise (...) Par rapport à la France(...) je ne me sens pas ( ne me suis jamais au fond senti et me sentirai de moins en moins) comme un citoyen, mais, plus banalement, comme un usager. Voilà, c’est dit. C’est un peu triste, c’est une appartenance qui s’effondre, qui s’avilit. Mais on en est à dire plus ou moins la vérité, n’est-ce pas?”


Puis plus loin et toujours aussi tristement lucide il avoue qu’il rejoindrait, en cas de guerre et après qu’il eut échangé quelques coups de feu, “la vaste troupe (...) de ceux qu’indiffère le destin de la démocratie, de la France libre, de la Tchétchénie ou du pays basque; de ceux qui cèdent, de Gaulle avait bien raison, à l’hypnotisme du “vide effrayant du renoncement” Je suis de ces gens là. De ceux que rien de général et d’universel ( ni de particulier, ni de local) ne peut réellement mouvoir. Cette vaste troupe qui subit l’histoire, ne s’intéressant qu’à ce qui la touche directement, elle et ses proches.”

Pourrait-on rêver meilleure introduction à notre débat? Meilleure justification à la création de notre club qui veut aborder des problèmes de fond, dépasser le quotidien pour mieux l’appréhender et renouer avec les valeurs humanistes que nous ne devrions jamais perdre de vue?

Notre objectif est ambitieux et en lisant Houellebecq on pourrait se demander s’il n’est pas désespéré. Il consiste à réduire la vaste troupe de ceux qui cèdent au vide effrayant du renoncement, à les réveiller et à les mobiliser en faveur de la citoyenneté. Reconstruire des citoyens conscients...

Robert GROSSMANN